Serge Dalens
(Yves de Verdilhac)
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Eléments de biographie
La jeunesse
La guerre et le Prince Eric
L'homme

La saga du Prince Eric
Le bracelet de vermeil (1937)
Le Prince Eric (1939)
La mort d'Eric (1943)
La tache de vin (1947)
Eric le Magnifique (1984)
Ainsi régna le Prince Eric (1992)

Les voleurs

L'étoile de Pourpre (1959)

En collaboration avec Louis Simon
Les aiglons de Montrevel

En collaboration avec J.L. Foncine
Le jeu sans frontière
Les fils de Christian
les enquêtes du Chat-Tigre

Ses autres livres
Les contes du bourreau
(connu aussi sous le titre "La plume verte et autres contes")
2 et 2 font... 5 (1975)
Le Bracelet de vermeil à la scène
La Blanche (1988)
La couronne de pierres (1988)
Six foulards verts (avec Dach)
L'affaire Balzac (1967)


la guerre et le Prince Eric
L'idée du Bracelet de Vermeil lui est venue après la lecture du Roi de Torla (note 1) ; il a 22 ans. Le livre ne trouvera un éditeur, ALSATIA, que 5 ans plus tard en 1937, tous ceux à qui il avait présenté le manuscrit l'ayant rejeté avec mépris, ne lui prédisant aucun avenir.

Curieusement, c'est par son père qu'Yves fit la connaissance de Pierre Joubert, illustrateur déjà talentueux de la revue Scout et d'autres publications. Alors que ce dernier effectuait son service militaire à Strasbourg dans le 158ème régiment d'infanterie, le nouveau "père du régiment", le Colonel de Verdilhac, lui demanda de procéder à une décoration du mess des officiers. Reconnaissant en lui le scout, il l'invita à venir chez lui afin de rencontrer Yves. Et c'est ensemble à la Brasserie Schutzenberger, en engouffrant force saucisses et moultes bières, qu'ils élaborent les principaux épisodes du Bracelet de Vermeil. Les princes étant à la mode à l'époque, les deux amis cherchèrent jusque dans les Balkans une principauté plausible, pour se rabattre finalement vers les pays nordiques.

Avec le Prince Eric la littérature pour la jeunesse prend un nouveau tournant. Il faut comprendre qu'avant guerre, les jeunes se régalaient presque essentiellement de romans de la Comtesse de Ségur (née Rostopchine), de Trilby pour les plus jeunes et de ceux de Jules Vernes pour les adolescents ; les illustrations étaient souvent de piètre qualité , bref le choix était plutôt mince. Ce nouveau roman, vite suivi de la Bande des Ayacks, apporte un souffle, stimule l'imagination des lecteurs tout en correspondant à leur recherche d'aventures accessibles, de rencontres intenses, de sentiments exaltants. Serge Dalens écrira à propos de son héros :
"le Prince Eric n'est pas un mythe, même fraternel, mais la cristallisation d'un ensemble d'aspirations qui sont le fait de la plupart des adolescents. Ils sont religieux quoiqu'ils ne prient guère, ils croient à l'honneur, à l'amour, à l'amitié, à l'effort, à la fidélité à la parole donnée. Ils ne rejettent pas leur famille, ils vénèrent leur patrie. L'enfant qui ne rêve pas d'actions héroïques et de don de soi ne deviendra jamais l'homme et la femme que l'on voudrait suivre et imiter, même s'ils ne sont pas des saints."

En 1936, l'années du "Front Populaire", Yves de Verdillac est enfin reçu au concours de la magistrature. Il est envoyé l'année suivante à Dieppe comme juge suppléant. C'est sa première affectation qui lui permet d'apprendre le métier. A l'époque, si la charge de magistrat est mal rémunérée, elle offre l'avantage de laisser du temps libre à son titulaire. Aussi, Yves, qui avait rêvé d'être chirurgien, va-t-il tous les matins à l'hôpital rencontrer médecins et malades. De cette période, il retirera du matériel pour écrire plus tard les Contes du Bourreau (note 2). Le Bourreau en question étant un interne qui rend régulièrement visite à un petit malade condamné, Roland, et lui raconte des histoires merveilleuses.

En 1938, chez ALSATIA, Serge Dalens fait la connaissance de Jean-Louis Foncine, de son vrai nom Pierre Lamoureux, qui vient de faire publier la Bande des Ayacks. Avec Pierre Joubert qui, lui, connaissait Foncine depuis de nombreuses années pour avoir appartenu à la même troupe scoute, ils formeront un fameux trio.

En 1939, publication du second volet de la saga : Le Prince Eric. Mais c'est surtout la déclaration de guerre. Yves, sous-lieutenant, est mobilisé. Ce sera rapidement la déroute. La ville de Strasbourg est vidée en 48 heures. En mai, c'est la débâcle. Yves se replie à Mende en Lozère. Des réfugiés pillent son appartement de Dieppe : tous ses cours et livres de droit sont saccagés, il ne pourra continuer la thèse qu'il préparait. Son père est général d'une division qui comporte un régiment de légionnaires, un régiment de Marocains et un troisième d'Algériens, seule division qui, à Sedan, ne cédera pas devant les Allemands. Cependant, il sera fait prisonnier avec le général Giraud. Et ayant pour mission de le faire évader, Verdilhac s'évadera d'abord de façon rocambolesque. Puis ayant accompli sa mission, il partira avec l'Armée d'Orient, mais c'est là une autre histoire(note 3).

Avant d'être démobilisé, Yves reçoit la Croix de Guerre et la Croix de Valeur Militaire, mais il parle peu de cette période traumatisante. Le ministère de la Justice le met à la disposition du ministère de la Jeunesse et il rejoint le Secrétariat général à la Jeunesse pour y diriger les délégués régionaux à la jeunesse. Il est également chargé de mission pour l'Enfance irrégulière et la Délinquance. Il découvre la détresse de la jeunesse à la dérive et en demeurera profondément marqué. Il fonde les Centres de rééducation dont le Centre Lisbonne, rue de Madrid, que l'on retrouve dans Les Voleurs. Il faut se souvenir qu'auparavant les mineurs étaient envoyés dans des maisons de redressement que n'aurait pas désavouées Zola. Ces nouveaux centres de rééducation plus tournés vers la réadaptation que vers la répression étaient une véritable révolution dans le monde judiciaire, même s'ils n'avaient aucun point commun avec des centres de vacances.

Durant cette période, Yves se lie d'amitié avec un instituteur nommé Robert Jospin et il profite de sa fonction pour ne faire partir de nombreux jeunes au STO(note 4) que sur le papier.

La Mort d'Eric paraît en janvier 43. L'ouvrage est tout empreint de l'horreur de la guerre ; le lecteur n'est plus un enfant, il devient adulte. Dalens l'avertit :
"Il ne s'agit plus d'un roman mais bien d'un récit. La fiction s'efface devant la réalité. L'histoire n'est qu'un fil doré, rehaussant l'indifférente tapisserie des faits.Le livre se termine mal. Le Prince n'est pas vengé, le lecteur n'est pas consolé. Les "grandes personnes" seront probablement mécontentes, car ces pages sont tristes, tristes comme la guerre qu'elles perdirent. Sans doute prétendront-elles que ce livre " n'est pas pour les enfants".Or, je pense, moi, qu'un garçon de quinze, seize, dix-sept ans, est un garçon. C'est-à-dire un homme. Je pense qu'il n'y a pas de raison de le traiter à la paix autrement qu'à la guerre. De le traiter dans sa maison autrement qu'en ces jours de 40 où il courait dans les champs. De lui cacher la vérité."

En 1945, Yves rejoint le ministère de la Justice. Peu après, il s'installe avec sa petite famille à Paris. Il peaufine La Tache de vin qui paraît en janvier 47. C'est le quatrième volet de la saga qui se déroule, en fait, entre le Prince Eric et La mort d'Eric.

note 1 : L'aventure du Roi de Torla, de Jacques Michel, collection "Feux de camps", Editions J. de Gigord

note 2 : Les Contes du Bourreau seront également édités sous le titre La plume verte et autres contes pour Roland.

note 3 : Le père de Serge Dalens possédait lui-même un grand talent de conteur. Les mémoires de Chat-pin-pin, éditées sous le pseudonymes de Raoul Germain, chez Alsatia en 1946, ont ravi bien des enfants. Cet ouvrage est malheureusement introuvable. Si quelqu'un en possède un exemplaire...

note 4 : STO = Service du Travail Obligatoire. Institué en 1943 par le gouvernement de Vichy afin de se conformer aux exigences de l'occupant allemand qui réclamait de la main-d'oeuvre pour ses usines.

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